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Lévolution de la bière navigue sur le grand fleuve de la douceur désinvolte. Dans lensemble, les améliorations apportées à la noble boisson sont motivées par cette soif inassouvissable de faire plaisir aux papilles des pauvres mortels. Le plaisir facile, devons-nous souligner, nous apporte une nouvelle interprétation du phénomène des saucisses Hygrade: «elles se vendent mieux parce quelles sont plus douces; elles sont plus douces parce quelles se vendent mieux.» Le phénomème est même déjà observable dans les bouteilles de certaines microbières.
Avant les découvertes dun certain Louis Pasteur sur limportance des levures et des bactéries dans la fermentation, plusieurs brasseurs ajoutent des fruits à leurs bières afin dhonorer lode à la douceur. Cette pratique devient de plus en plus désuète au fil des gorgées qui se boivent dans le grand verre dhistoire de la bière. Contre vents et marées, certains traditionalistes de Berlin et de Bruxelles maintiennent toutefois bien haut la tradition dajouter des fruits à leurs décoctions aigres. Il importe de le préciser, la raison fondamentale justifiant cette pratique est de masquer (certains diplomates disent «équilibrer») les saveurs acides en utilisant des produits sucrés.
Dans le grand brouhaha de limplantation des microbrasseries et du retour des brasseries artisanales en Europe, certains brasseurs sinspirent de leurs cousins et développent des bières aux fruits tout à fait originales. Quelques fantaisistes poussent linnovation dans des directions saugrenues qui questionnent les notions de bien et de mal sur nos papilles. Parmi celles-ci, nous devons confesser les bières au chocolat! La SAQ nous offre deux produits dont le mot chocolat est imprimé sur létiquette: langlaise Youngs Double Chocolate Stout et la belge Floris Chocolat. Seule cette dernière renferme de lessence véritable de vous-savez-quoi. Le résultat? Tous les goûts sont dans la nature et jimagine que quelquun, quelque part, aime ça. De toute évidence une bière pour le dessert. La britannique quant à elle doit son nom au type de malt quelle renferme et qui est connu sous le nom de malt chocolat. Ses flaveurs évoquent la célèbre sucrerie et rendent cette stout particulièrement agréable.
Quel lien existe-t-il entre ces bières et la fête chrétienne du printemps? Celui, tout simple, du chocolat. Personnellement, mes papilles mincitent non seulement à découvrir toutes les saveurs quune bière peut offrir, mais surtout à surfer sur les océans des accords avec les différents mets. Plus ma langue nage sur ces grandes étendues, plus je constate la magnificiance des possibilités qui nous est offerte par la bière. Jai donc profité de ce temps de lannée pour explorer les mariages bières et devinez quoi? Intuitivement, jai opté pour des bières sucrées ou renfermant un pourcentage élevé dalcool: Douglas Scotch Ale, Floris Passion, Maredsous 8, Mortimer, Quelque Chose, et Prize Old Ale. Côté chocolat, mon choix a porté sur la boîte des Miniatures de Laura Secord. Le tout se déroulait sous le regard sceptique de Benoît, qui est plutôt du type buveur-de-Corona et avec la complicité dAlain, de nature curieuse (et aussi une curieuse nature). Lincrédulité verbalisé avec beaucoup dinsistance du premier ne mempêche pas de constater quaucun des accords ne fut désagréable. Le seul obstacle au service de ces bières au dessert, en accompagnement de chocolats, est situé dans une zone obscure entre les deux oreilles. La meilleure de toutes dans cette fonction est sans aucun doute la Floris Passion. Elle est suivie des Douglas, Mortimer et Quelque Chose. Les autres bières noccasionnent pas de mauvaises performances, mais ne suscitent aucune implosion jouissive non plus.
La combinaison «Secord, crème au beurre» et «Floris Passion» est digne de figurer sur la plus belle île des découvertes gastronomiques. Si vous souhaiter brasser les convictions profondes de vos convives à Pâques, voilà le dessert original que vous devez leur offrir.
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