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Les bières pâles d'influence belge
Monastique blonde, Saison,
Blonde du Diable et Triple
Mario D'Eer
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Analyse des similitudes et différences
Les bières pâles traditionnelles de Belgique, de fermentation haute, comportent plusieurs similitudes comme par exemple: la couleur, la présence et linfluence de la levure, des notes fruitées, etc. Ce qui les distingue est surtout la complexité (souvent par la présence dépices) et le % dalcool.
Il ne sagit pas de catégories mutuellement exclusives. Il est possible didentifier des marques-phares pour chacun de ces styles. Personnellement, jutilise la Leffe blonde pour les monastiques blondes, la Saison de Dupont pour les saisons, la Duvel pour les blondes du Diable1 et Westmalle Tripel pour les triples. Les autres brasseurs ne sont pas tenus de copier ces marques, ni de se limiter aux définitions de leurs caractéristiques lorsquils concoctent leurs propres rejetons. Pour bien comprendre les analogies et les similitudes entre ces grands styles de bière, jai procédé à quelques analyses ainsi que conçu un tableau permettant de mieux situer le positionnement de chacun par rapport à lautre.
Voyons dabord les définitions qui nous sont offertes par les experts. Il est à noter quil n'existe pas de définition formelles de ces styles en Belgique! Les principales définitions proviennent des auteurs et dassociations américaines. Les brasseries quant-à-elles sont libres d'indiquer la mention de leurs choix.
Les nombreuses définitions
Le premier auteur ayant établi les repères de base concernant ces styles est Michael Jackson. Il identifie (plutôt que propose) les styles suivants: bières fortes dorées (Golden Strong Beer), saison, bières dabbaye (catégorie dans laquelle il campe les trappistes, les bières dabbaye blonde, les bières dabbaye brune, les doubles et les triples)
Les définitions en provenance des États-Unis varient dun organisme à lautre. Elles sont principalement basées sur les bières belges vendues dans ce pays, donc exportées.
Elle comportent ainsi quelques faiblesses dont il faut tenir compte lorsque nous les consultons:
1: Une présélection est faite par les importateurs! Il ne sagit pas dune sélection complète. Cette façon est néanmoins légitime dans la perspective où ces nomenclatures sadressent aux consommateurs américains. Ils peuvent ainsi se retrouver plus facilement. Tout Européen ou toute personne ayant visitée à quelques reprises la Belgique constatera facilement ce fait à la lecture des définitions de styles retenus par les deux principales organisations américaines (plus loin dans cet article).
2: Les organisations se sont surtout basées sur les étiquettes et sur les références de Michel Jackson. Les mentions sur les étiquettes ne sont pas contrôlées, même dans le pays dorigine et Jackson a définit les styles en fonction de sa propre expertise anglaise.
3: Les définitions se basent sur des produits ayant souvent subi linfluence du temps dans les points de vente. Il ne sagit pas de produits fraîchement sortis de lusine.
Je souligne au passage que ces observations ne constituent pas des jugements de valeur. Il sagit tout simplement dune simple constatation empirique.
Le Beer Tasting Institute de Chicago définit les styles suivants
Lale dorée belge
De couleur pâle à or offrant un corps étonnamment mince compte-tenu de leur teneur en alcool, pouvant atteindre 9% alc./vol. La marque étendard, Duvel est très houblonnée et offre un nez floral ainsi quune finale fruitée, piquante. En règle générale, ces bières subissent rois fermentations, la dernière se déroulant dans la bouteille, procurant ainsi une carbonatation champagnisée ainsi quun col de mousse important lorsquelles sont versées. Ce type de bière peut souvent être entreposé de six mois à un an afin quil puisse développer une rondeur. Ce type est à son meilleur servi froid afin datténuer la sensation dalcool en bouche.
Lale blonde belge
Les bières blondes belges ne sont pas un style classique de Belgique,mais comportent les marques commerciales plus pâles, ayant un corps plus mince et un % dalcool plus modeste. Les notes fruitées de levure belge et un timide houblonnage devraient être présents.
Saison
Saison est une spécialité typique de la province du Hainaut. Ces bières étaient originellement brassées au début du printemps afin dêtre consommées pendant la saison estivale. De nos jours, le style est brassé à lannée longue. Avec des malts pâles et des houblons belges et britanniques. La carbonatation est très effervescente à cause de la deuxième fermentation dans la bouteille. La couleur classique est un orangé-or et ses saveurs rafraîchissantes comportent des agrumes et du houblon. Malheureusement, ces bières sont mésestimées dans leur pays dorigine. Et la production se limite à quelques brasseries artisanales. Avec son caractère typique houblonné, le style saison est un style très ésotérique qui devrait séduire tout amateur américain de bières artisanales.
Les ales trappistes
Selon les lois de la Communauté européenne, les bières trappistes ne peuvent originer que de lune des six abbayes trappistes qui brassent toujours dans leurs enceintes. Cinq sont en Belgique et un, La Trappe, en Hollande. Bien que le style varie considérablement entre elles, elles ont toutes en commun une fermentation haute, un fort pourcentage dalcool, refermentées en bouteille, complexes et offrent des saveurs fruitées. Le maximum de variété comporte trois différentes, dont la densité saccroît. Elles peuvent saffiner dans un cellier. En tout, il existe 15 différentes bières trappistes, en provenance de six monastères: Chimay, Rochefort, Orval, Westmalle, Westvleteren et La Trappe. .
Les bières dabbaye (double, triple, simple)
Les bières monastiques ou dabbaye sont une ancienne tradition en Belgique de la même façon que la vinification était associée aux monastères en France. De nos jours, un nombre réduit de monastères brasse au sein de leurs ordres, mais plusieurs ont accordé des droits à des grandes brasseries commerciales pour le brassage de bières portant leurs noms. Ces «bières dabbaye» offrent des personnalités très variables, mais la majorité sont relativement fortes en alcool, alors que le %/vol. varie de 6% à 10 %. Règle générale, les bières dabbaye sont étiquettes double ou triple, quoi quil ne sagit pas dune convention à laquelle tous sappliquent. Les doubles sont généralement moins alcoolisées et souvent plus foncées alors que les triples sont plus pâles, offrant une bouche plus onctueuse, sirupeuse qui incite aux petites gorgées plutôt quà une consommation rapide. Les bières dabbaye les moins dense en Belgique sont normalement nommées simple, mais sont rarement étiquettées ainsi.
LAssociation des brasseurs de États-Unis
Le travail de lassociation des brasseurs des États-Unis est très intéressant en ce sens quil offre des mesures plus ou moins précises des caractéristiques de chaque style. Lorsque nous les mettons côte à côte, nous constatons queffectivement, il existe de grandes similitudes entre ces styles.
Triple - style belge
Souvent caractérisé par des saveurs complexes, épicées et phénoliques. Des esters de banane générés par la levure sont communs mais pas obligatoires. Ces ales pâles offrent habituellement une finale sucrée. Elle offre un corps variant de moyen à pleine bouche et un équilibre malt-houblon. Des sucres de brassage peuvent être utilisés pour «amincir» la perception donctuosité. Son sucré provient de malts très pâles. Elle devrait être dénuée de notes rôties ou torréfiées. De faibles flaveurs de houblon sont acceptables. La force de lalcool devrait être perçue au nez et en bouche. La mousse doit être dense et persistante. Lopalescence à froid est normale lorsque servie froide.
Fiche technique: densité initiale: 15 - 24 Plato / densité finale apparente: 2 - 5 Plato / alcool par volume: 7 - 10 % / unité damertume 20-25 IBU / couleur: 3,5 - 5,5 EBC
Saison - style belge
La couleur varie de or à brunâtre. Les variations de saveurs peuvent être très grandes dans ce style. Elles offrent un corps variant de mince à moyen. Les arômes de malt varient de faible à moyen faible. Les esters fruités dominent les arômes, tandis que le houblon, les alcools complexes, les herbes, les épices et même le clou ainsi que des phénols évoquant la fumée peuvent ou peuvent ne pas être évidents dans léquilibre général de la bière. Les flaveurs de malt sont faibles mais offrent une base pour léquilibre total. Lamertume de houblon est moyenne, mais manifeste. Les flaveurs dherbes et dépices peuvent ou ne peuvent pas être évidentes. Le fruité de la fermentation est habituellement présent dans sa personnalité. Un équilibre de saveurs aigrelettes est acceptable lorsquéquilibré par dautres constituantes. Des arômes de terre, de cellier, de moisissures sont acceptables. Il ne devrait pas y avoir de diacetyl. Lopalescence au froid est acceptable. Généralement refermentée en bouteille, très carbonatée et offrant un caractère de levure
Fiche technique: densité initiale: 14 - 19,5 Plato / densité finale apparente: 1 - 4 Plato / alcool par volume: 4,5 - 9 % / unité damertume: 20-40 IBU / couleur: 4-14 EBC
Ale forte pâle de style Belge
La couleur de ces bières est qualifiée de pâle à or offrent un corps relativement mince comptetenu du % alcool. Souvent élaborées avec du sucre candi pâle, ces bières offrent une grande atténuation. La perception de lamertume du houblon au nez et en bouche varie de faible à moyen. Ces bières offrent une grande atténuation et offrent une surprenante personnalité alcoolisée, ayant un corps plutôt mince que rond. Le caractère malté doit varier de faible à moyen, souvent suivi dune complexité fruitée. Absence ou faible présence de diacetyl. Des herbes ou des épices sont quelquefois utilisées pour ajouter des flaveurs subtiles à ces ales fortes. Lopalescence est acceptable lorsque servies froides.
Fiche technique: densité initiale: 16 - 23 Plato / densité finale apparente: 3 - 6 Plato
/ alcool par volume: 7 - 11% / unité damertume: 20-50 IBU / couleur: 7-14 EBC
Illustrations graphiques de ces données techniques
Lorsque nous comparons les caractéristiques techniques de ces styles sur des tableaux, il est facile de visualiser comment la majeure partie de ces styles se chevauche. En dautres mots, ces bières se ressemblent plus quelles ne se distinguent. Il importe toutefois de souligner quune dimension fondamentale est absente de ces analyses: les arômes qui jouent un rôle important dans la définition des styles.
Comparaison des densité initiales - en degré Plato
Nous constatons que la densité initiale de ces trois styles de bière comportent une marge importante en commun.
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Comparaison des densité finales - en degré Plato
À l'instar des densités initiales, les densités finales offrent beaucoup plus de similitudes que de différences.
Nous constatons toutefois que la densité finale de l'«ale forte» indique une bière généralement plus «onctueuse» que les deux autres.
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Comparaison des unités d'amertume en IBU

Encore une fois, nous constatons les grandes similitudes entre ces trois styles.
Une chose est toutefois étonnante, et reflète en ce sens la perspective américaine de la définition de ces styles, est de constater que l"amplitude «amère» du style «triple» est plus étroite que les deux autres. Personnellement, je crois que la plus grande amplitude devrait être pour le style triple, tandis que la plus faible devrait être pour le style saison.
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Mon expérience
Au début de ma carrière de goûteur de bières et dauteur, jai marché dans les mêmes sentiers. Jutilisais la même approche «historique» et faisais une distinction entre les bières dinspiration monastique et les autres bières. Par exemple, jétablissais une famille de bières selon la gradation mathématique évidente: abbaye blonde, abbaye brune, double, triple, et quadruple. La question demployer le mot «abbaye» pour nommer une bière soulève des discussions animées pas-à-peu près. Dans la majorité des arguments, rarement ne fait-on référence au goût de la bière (!). En tant que pédagogue de la dégustation, mes réflexions et investigations se sont plutôt tournées vers les saveurs fondamentales des produits. Jai ainsi découvert que dans lensemble de ces bières, il était possible de diviser lensemble de ces styles en deux groupes: les pâles et les foncées. À première vue, ce réflexe va à lencontre de mes premiers enseignements où jaffirmais quil ne fallait pas classer les bières par leurs couleurs. Je dois aujourdhui nuancer mes propos et retenir ces deux axes pour établir les deux grandes familles de fermentation haute dinfluence belge: les brunes et les blondes. Dans les deux cas, les principaux styles sont définis en retenant principalement deux variables: le % dalcool et la complexité.
Ma philosophie de la classification des bières est toutefois demeurée la même. La principale utilité de la classification est daider les amateurs à naviguer sur les océans de la dégustation. Chaque style est défini par rapport à une ou des marques-phares et constitue des repères de base. Ces balises constituent par la suite des repères par lesquels nous pouvons ensuite situer les marques. Un grand nombre de bières se situent dans la périphérie des définitions, souvent à mi-chemin entre deux styles, quelquefois complètement hors-normes par des caractéristiques poussées à lextrême. Quil en soit ainsi! Cette nouvelle perspective soulève des implications considérables en ce qui a trait à lévaluation des bières. Nous en reparlerons.
En utilisant ce nouveau paradigme, nous pouvons établir une famille des bières de fermentation haute, pâle, comportant: les monastiques blondes2, les saisons3, les blondes du diable1, les triples.
Positionnement des bières blondes d'influence belge
Monastique blonde, blonde du diable, saison, triple
Elles peuvent être regroupées sur un tableau croisé en retenant deux variables de base:
1: le pourcentage dalcool
2: la complexité
Le tableau suivant nous permet de mieux comprendre les similitudes et les différences.
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Les monastique blonde, blonde du diable, saison, et triple se voisinent sur nos papilles. Ces styles à profil gustatif évolutif, refermentées en bouteille, portent le dénominateur commun dêtre particulièrement inflencés par la levure utilisée. Ainsi, plusieurs traits communs peuvent unir plusieurs marques différentes, étiquettées dans chacun de ces styles ! |
- La flèche reliant «blonde du diable» et «triple» sur le tableau indique que plusieurs blondes du diable peuvent être considérées «triple» après une longue période daffinage, qui en complexifie les saveurs.
- La monastique blonde peut être considérée comme une blonde du diable légère. Avec lempreinte du temps, elle peut également être considérée comme une triple légère !
- La levure ou laffinagede la saison peut, à loccasion rapprocher les saisons des blondes du diable et des triples.
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1 - Cest le nom que jai choisi de donner à ces bières que je nommais auparavant «triples douces». Il mest inspiré de la marque-phare qui a lancé le style en Belgique: Duvel. La majorité des amateurs savent déjà que Duvel signifie «Diable». La brasserie Moortgat na jamais développé dimages évoquant le célèbre personnage. Ses premiers compétiteurs lont fait: Satan, Lucifer, etc. Même la Fin du Monde sabreuve indirectement à la même inspiration.
2 - Jutilise le mot monastique pour définir des saveurs. Le mot abbaye duquel il sinspire nest jamais employé pour décrire des saveurs et surtout est un grand sujet de controverse. Dans la perspective que je propose, le mot monastique couvre également des bières ne portant aucune mention dabbaye sur létiquette.
3 - Il peut apparaître saugrenu, dinclure les saisons dans cette nomenclature, mais plusieurs tests à laveugle avec des panels dexperts mont convaincu de la pertinence dinclure les saisons dans ce continuum.
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