Les bières de la famille des lambics témoignent de cette époque glorieuse où laction de la levure nétait pas connue. On associait alors la fermentation à une intervention divine qui transformait une nourriture terreste en élixir céleste.
Lorsque Pasteur et ses disciples expliquèrent les processus de la fermentation, les prêtres-brasseurs défroquèrent et devinrent maîtres-brasseurs. La planète se divisa en deux clans. On retrouva dun bord les croyants de la fermentation haute et de lautre, ceux de la fermentation basse. Les agnostiques quant à eux, stimulés par les millions quils venaient dinvestir dans des équipements devenus soudainement désuets, ne se laissèrent point impressionnés par léclat de ces nouvelles cervoises. De nos jours, il en est du lambic comme des sectes religieuses. Il sagit dune bière de passion qui ne laisse aucun goûteur indifférent. On laime ou on le déteste. Plusieurs caractéristiques considérées comme des défauts dans lensemble des autres styles de bières sont ici tenus comme de très hautes qualités! Le célèbre physicien allemand serait fier de constater comment ces nouveaux airs de lapplication de sa célèbre loi quantique valident une fois de plus sa vision de labsolu.
Lhistoire
Cest probablement suite à lexposition universelle de Bruxelles, en 1897, que les brasseurs de lambics de Bruxelles sauvèrent ce style dune extinction quasi certaine. Bien avant les partis verts, ils eurent lidée doffrir aux bouteilles de champagnes vides une deuxième vie effervescente. Cette décision allait contribuer à soulever un nouvel intérêt pour cette boisson originale.
Le lambic a de tous temps offert des saveurs particulièrement aigres. À linstar des Égyptiens qui adoucissaient leurs sikaru avec des dates et du miel, les brasseurs de lambics modéraient le tempérament acariâtre de leurs rejetons de plusieurs façons: en y ajoutant du sucre au moment du service, en mélangeant (assemblant) de jeunes lambics encore sucrés à de vieux lambics devenus aigres ou finalement en y faisant macérer, quelques mois avant le service, des fruits, surtout des cerises ou des framboises. La première de ces options porte le nom de Faro, la deuxième celui de gueuze et la troisième, le nom du fruit associé au mot lambic (ex. Cerises [Kriek] Lambic). Avec la popularité croissante des bières de dégustation, certains brasseurs ont tout simplement décidé dexplorer toutes les possibilités. Voilà comment on en est arrivé à trouver des mixtes divins comme les pêches et les abricots (Cantillon lancera dici quelques années un assemblage comportant du... du vin!) , etc.
Lart de mélanger des lambics pour la composition des gueuses a quant à lui donné naissance à une industrie indépendante. Il existe toujours de nos jours en Belgique des assembleurs de Lambics qui achètent différentes productions de brasseries afin de les mélanger eux-mêmes.
Un terroir
Le territoire de la fabrication actuelle du lambic est délimité à lEst par la ville de Bruxelles, à lOuest par la Dendre, au nord par les villes d'Asse et Kobbegem et au sud par les villes Enghien, Hal et Beersel. Cette région est aussi connue sous le nom de Pajottland. Mais la dénomination contrôlée en Belgique ne fait pas référence à cette particularité géographique mais à des caractéristiques reliées aux matières premières et à la méthode de brassage. Interbrew vient justement de confirmer cet état de fait en déménageant la production de la Belle-Vue à Hoegaarden. De plus, nimporte quel brasseur, nimporte-où dans le monde, hors de la Communauté européenne, peut se lancer dans la fabrication de «lambic» et apposer un tel nom sur ses bouteilles. Samual Adams le fait pour la «Cranberry Lambic» qui est à la fermentation spontanée ce que les bicyclettes sont aux serpents.
La législation
La législation belge indique que le moût du lambic doit renfermer un minimum de 30% de blé (froment). Sa densité initiale doit atteindre un minimum de 11° Plato. Le lambic doit être obtenu par inoculation naturelle de ce moût, à partir de lair ambiant, durant le refroidissement. Elle stipule que «les levures et les bactéries caractéristiques indispensables à la réussite du processus des fermentations propre aux bières dénommées «lambic», et «gueuse-lambic» doivent être apportées par lair ambiant, lors du refroidissement du moût... Cette fermentation ne peut être obtenue par linoculation au moyen de levures pures, ni par le recours à dautres milieux fermentants». Les gueuses quant à elles doivent renfermer un minimum de 51% de bière issue dune fermentation spontanée.
Les lois comportent naturellement certaines zones grises. La proportion «blé» du maische est contrôlé, mais pas la proportion «malt» qui peut quant à lui être substitué. Le terme «fermentation spontanée» nest pas clairement défini. Ainsi, des brasseurs peuvent «inoculer de façon spontanée» eux-mêmes le moût afin daccélérer la fermentation. Il nexiste aucune réglementation sur lutilisation des mots Kriek, framboise, etc. Le brasseur peut utiliser des fruits entiers ou encore des sirops ou même des essences artificielles. Aucune prescription nest faite concernant le mode de conditionnement. On peut procéder par re-fermentation en bouteille ou encore gazéifier artificiellement.
Les imprécisions de la loi autorisent naturellement les brasseurs à composer leurs propres refrains. Nous retrouvons dun côté les virtuoses des ballades populaires qui édulcorent au maximum leurs compositions (habituellement des brasseries industrielles: ex.; Belle-Vue, St-Louis...) et dun autre, ceux qui sont rigoureusement fidèles aux mélodies séculaires (les petites brasseries artisanales: ex.; Cantillon, F. Boon, Lindemans...).
Un processus de fabrication unique
Le lambic est généralement brassé pendant les saisons froides, habituellement du 15 octobre au 15 mai. Les saisons estivales transportent dans lair un nombre trop élevé de ferments acétiques, nuisibles au lambic.
Le brassage du Lambic respecte les principales étapes de la préparation des ingrédients et de la saccharification des bières de fermentation haute. La différence saffirme dès l'houblonnage alors quon utilise que des houblons suranés noffrant que des propriétés aseptisantes. Au lieu dêtre refroidi par un échangeur de chaleur, le moût est versé dans de larges cuves de refroidissement peu profondes. Lair plus froid de la nuit soccupe de refroidir ses ardeurs. Les matières azotées solides se déposent dans le fond tandis que lintervention céleste des levures et des bactéries qui logent dans cette chambre de la brasserie inoculent le moût. Au matin, le brasseur transfère le tout dans des fûts de chêne ou de châtaignier. Soulignons lastuce de certaines brasseries industrielles qui ont développé un système de ventilation sophistiqué qui souffle de lair au dessus du moût afin daccélérer et de mieux contrôler le refroidissement et qui utilisent des fermenteurs en aciers inoxydables dans lesquels ils insèrent des morceaux de chême...
La fermentation se déroule en 4 phases. La première, dune durée d'un mois, est celle des entérobactériacées. Les Kloeckera fermentent alors le glucose. La deuxième phase, variant de quatre à six mois, implique laction des saccharomyces (les levures habituelles de la bière). Au troisième tour, les Pediococcus entrent en action. Cest finalement au dessert que les fameuses Brettanomyces interviennent: les Brettanomyces lambicus et les Brettanomyces bruxellensis. Dautres groupes de levures et de bactéries entrent en action à un moment ou lautre de la fermentation. Cest la Brettanomyces qui, en oxydant léthanol, développe les flaveurs dacide lactique et les esters inhérents (la pomme par exemple). Chaque brasseur vante les qualités uniques de la flore bactérienne qui fleurit dans sa brasserie. Chaque communauté bactérienne sest adaptée à son environnement et a atteint un niveau déquilibre. Le brasseur nentreprend peu ou prou de travaux de rénovation dans sa brasserie de crainte dy déranger léquilibre bactérien. Une fine pellicule se forme sur le dessus de la bière suite à laction des Brettanomyces qui protège le lambic contre loxydation, toute vibration serait alors fatale au liquide.. Malgré toutes les recherches effectuées sur la fermentation du lambic, notamment par luniversité de Louvain, le processus nest pas totalement compris par les scientifiques.
Les gueuses sont des bières très complexes, parmi les plus complexes de la terre, notamment en ce qui a trait à la richesse de leurs esters. Fromageuse, rancie, faisandée, leurs arômes rappellent à loccasion de vieux fromages dus aux houblons surranés. Leur couleur nous offre des nuances de jaune-or aux reflets orangés, souvent voilés, sauf les modèles industriels filtrés. Très pétillante, piquante, mousseuse dans la bouche. La bière jaillit souvent de la bouteille lorsquon fait sauter son bouchon. Son pétillant séteint toutefois rapidement. Arômes complexes sur une première note de pomme. Souvent astringente, toutefois balancée par lacidité, irritante à sa frontière.
Conservation
Par définition, à cause des assemblages, il sagit de bières qui doivent être bues peu de temps après lachat. Seulement la pratique nous montre que la complexification du vieillissement en caves des gueuzes donne des résultats étonnants et constituent souvent des expériences gustatives inouïes.
Lorigine des noms
Les mots lambic, gueuse et faro sont à limage des Belges: divisés en plusieurs factions.
Lambic
Le mot lambic est lié à la croyance que cette boisson était distillée à cause de sa saveur acide. Cette théorie soutient quil s'agit dun dérivé du mot «alambic.» Certains auteurs suggèrent quil provient plutôt du mot latin «lambere» signifiant «prendre une gorgée». Dautres soutiennent y retrouve lancien nom donné à la cuve matière «alambic». Un certain nombre de personnes croient que lambic provient du nom de la ville Lembeek, surtout les résidents actuels...
Gueuse
Le nom gueuse est né lui à Lembecq, en 1870, alors que le maire de la ville, en collaboration avec son maître-brasseur décida de produire un lambic méthode champenoise, cest-à-dire avec refermentation en bouteille de champagne. Le maire aux idées libérales nomma le nouveau produit en lhonneur du parti politique (libéral) des gueux. Le lambic des gueux est rapidement devenu la gueuse. Certains y voient une relation avec le mot danois «geyser» signifiant gaz, celui quon retrouve dans la bière du même nom.
Faro
En flamand «Far» signifie blé que lon retrouve en grande quantité dans cette bière. Le faro de Messine, un vin sucré, semble aussi une hypothèse plausible ou serait-ce le mot castillan «farro» voulant dire «Orge montée» ? À moins que ce ne soit la ville Faro du Portugal dont le vin a la même couleur que cette bière,? Il ne faudrait surtout pas oublier la contribution dun certain Hughes, seigneur de Kantersteen qui, utilisa le qualificatif «faraude» pour en décrire la personnalité....
Doux ou fox
Le jeune lambic est appelé lambic doux, le vieux quant `a lui porte le sobriquet de fox ou tout simplement de vieux lambic. Le lambic fabriqué avec un moût de faible densité est nommé «mars».
Musée de la Gueuse
Un must pour tous les amateurs de bière: le Musée Bruxellois de la Gueuze: et la brasserie Cantillon: animé par le verbo-moteur Jea--Pierre Van Roy, Claude Cantillon, (son épouse) et leur famille, cette petite entreprise porte bien haut le flambeau du brassage traditionnel de la gueuse.
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