Jusquen 1842, la plus pâle des bières est rousse. Avant cette date fatidique, les techniques de maltage ne sont en mesure de produire quun malt plus ou moins torréfié. Au moment où la brasserie de Plentz en Bohème développe une nouvelle malterie, utilisant des équipements modernes (pour lépoque) et surtout une eau très douce, on découvre le malt pâle et invente accidentellement la bière blonde. À la même époque, la production industrielle du verre transparent se développe, ce qui permet aux pauvres mortels de constater la couleur et la brillance des liquides quils font couler dans les profondeurs de leurs existences. Les éléments sont réunis pour provoquer une révolution.
Dès ce moment, le style de bière produit par la brasserie de Plentz est considérablement imité et baptisé de lacception anglaise du nom, Pilsen et de ses variations sémantiques; pilsener ou tout simplement pils. Pour se protéger, la brasserie de Pilsen(er) ajouta le patronyme «dorigine véritable» à son nom; Urquell. Lastuce nempêcha pas la kyrielle dimitateurs de sabreuver à cette source dinspiration effervescente. Comme il s,agit dune marque de commerce en Répulique tchèque, il ne peut pas sagir dun style tchèque! Cest comme si nous affirmions quil existe un style «Boréale rousse» au Québec et que nous classions certaines bières de brasseries compétitives dans le style Boréale rousse. Ça ne ferait aucun sens! Les brasseurs du pays voisin, lAllemagne utilisent de façon généralisée le mot «pilsener» pour indentifier le style de certains de leurs produits qui offrent des caractéristiques typiques. On peut ainsi affirmer que le style «pilsener» est typiquement allemand! En résumé, le nom dy style est bonhémien mais le style lui-même est allemand. En République tchèque, la Pilsener Urquell est classée dans la famille des Svetle, ici la 14o (nous y revenons dans un autre article).
Le style pilsener offre aux yeux une robe jaune dorée; au nez un champs floral très houblonné; et aux papilles un équilibre intense de douce-amertume qui peut se transformer en amère-douceur au fil des gorgées. Lorsque les grands penseurs du marketing ont constaté que latténuation de lamertume permettait daugmenter les parts de marché, on assista au développement de nouvelles interprétations du style. On ne modifia toutefois pas la terminologie dans la classification. Nous nous retrouvons ainsi avec un seul nom pour identifier deux styles, dinspirations originelles certes, mais considérablement différents sur les papilles. Entre les deux, toutes les intensités damertume existent. Aux extrémités de la chaine il existe des modèles purs. Dun côté, les pils dorigines et de lautre les désinvoltes. Ici, la mention sur létiquette ne veut rien dire dautre quil sagit dune bière blonde. À quel intensité damertume devons-nous déterminer de quel côté emprisonner le positionnement dune marque particulière? La réponse se retrouve invariablement sur la sensibilité de vos bourgeons gustatifs, lorsquils recoivent la caresse humide de lélue de votre gosier ce jour-là... Qui plus est! À la frontière opalescente qui sépare lun de lautre, votre jugement peut varier, non seulement dune journée à lautre, mais aussi en fonction de la température de service ou encore entre la première et la dernière gorgée de la même bouteille.
Malheureusement, plusieurs brasseries européennes adhèrenbt à la pratique de soutirer leurs précieux nectars dans des bouteiles de couleur verte pour l'exortation. Une vériable catastrophe! Ce verre ne protège pas le précieux liquide des rayons du soleil et risque ainsi de développer des saveurs qui évoquent la petite bestiole aux rayures blanches sur son dos. Si vous aimez les flaveurs de mouffette, que Dieu vous bénisse! Mais jéprouve beaucoup de difficulté à endosser ces produits car, de toute évidence, le brasseur est alors beaucoup plus intéressé par son compte de banque que par faire honneur à vos papilles.