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Robert Charlebois, vice-président chez Unibroue, n'arrête pas de parler de ses bières. Partout où il passe, à la radio, à la télévision, il ne cesse de vanter les prouesses gustatives de ses rejetons.
Sa prochaine tournée, «la Maudite tournée», reflète son attachement. Opportunisme? Abus de pouvoir? Sens des affaires? Enfin, plusieurs observateurs froncent les sourcils devant les exclamations publiques de Robert. Après l'avoir rencontré, je crois qu'il s'agit tout simplement d'un enthousiasme débordant. Et contagieux, devrais-je ajouter.
Charlebois tripe. Il tripe fort, sans réserve, et redéfinit les limites du convenable. Cette attitude a déboussolé plus d'un critique. Le noble breuvage ne fait pas exception à la règle
Garou aime la bière. Son attachement commence tôt: «Quand t'as seize, dix-sept ans, t'achètes celle qui est plus proche de la porte, celle que le propriétaire veut te vendre. Puis tu joues à avoir les jambes molles à boire une bière...» Celle que préfère le gros Pierre, c'est la Dow, du moins jusqu'à ce que survienne le terrible accident. Puis vogue la galère sur les flots dorés du malt fermenté. Partisan du Canadien, il en porte fièrement les couleurs sur scène et boit allègrement celle qui commandite le célèbre club, la Molson Export. Molson le lui rendra bien, utilisant ses chansons dans ses publicités.
«Mais la dégustation des bières, c'est venu beaucoup plus tard. Quand je suis allé à Spa, en Belgique, ça date pas d'hier, on parle de 68-69, l'année où j'avais gagné avec California et Linberg. Là-bas, j'allais naturellement dans des bars. Un gars me dit: «Vous savez, en Belgique, nous avons toutes sortes de couleurs de bières, de la plus blanche à la plus noire.» De la noire pour moi, c'était du Porter, c'est-à-dire un souvenir de mon oncle. En 68, la blanche était loin d'être populaire, mais ils avaient des bières de la plus pâle à la plus foncée. Mais comment dire, c'est long une culture quand on connaît pas ça. Seulement, ça commençait à me laisser des souvenirs... J'ai ensuite exploré avec La Mort Subite, parce que je trouvais le nom drôle. Puis la Trompe la Mort il n'y avait pas encore de Vapeur Cochone mais il y avait la Delirium Tremens: tu sais, ils niaisent pas avec la puck: la Delirium Tremens.. Les gens de la radio et de la télévision m'ont fait découvrir d'autres bières: Orval! Là, j'ai vraiment eu un choc culturel. Là, j'ai dit «Ouach. Ça interrogeait mon vécu, cette bière-là. Je l'ai aimé, mais ce n'était pas évident. Moi, ça reste encore ma préférée, mais je sais que je ne peux pas offrir ça aux Québécois tout de suite.»
Charlebois développa un attachement particulier pour le style «blanche». «Quand j'ai fait la production d'Immensément en Belgique, dont j'ai rien gardé, on était au coeur de Bruxelles. Le frigidaire était garni de trésors de connaisseurs. Les musiciens étaient très, très portés sur la blanche. Contrairement à ici, alors qu'elle est une bière sophistiquée là-bas, c'était une bière de rockers.» Voilà ce qui incita son agent à lui suggérer une participation dans Unibroue: «Mon agent Robert Vinet, me dit qu'il y a un gars qui essaie de faire de la blanche à Montréal. Alors je suis allé rencontrer André Dion avec plusieurs blanches: une Blanche de Dentergems, une Blanche de Namur, une Blanche de Bruges et une Blanche de Hoegaarden. On a mis toutes ces bières-là sur la table de Vinet pourcomparer avec la Blanche de Chambly. Puis là je disais que c'était un beau départ mais que la Chambly n'était pas finie. Je lui ai dit : « Le jour où tu recevras une lettre comme quoi la Blanche de Chambly est aussi bonne que la Hoegaarden, là tu me demandes de signer où tu veux. Trois ou quatre semaines plus tard, dans un test à l'aveugle, la Blanche de Chambly devançait la Hoegaarden..» La suite est connue.
Pouvoir démontrer qu'il aimait bien la Blanche de Hoegaarden avant que le style ne soit populaire ne prouve toujours rien. Le talent de Charlebois pour notre boisson préférée s'est révélée lorsque Dion nous offrit quelques bouteilles de sa réserve privée de bières rares. Avec une telle dose d'assurance, notre Garou décrivait avec beaucoup de précision et de justesse les composantes du goût des bières goûtées, ce qui ne l'empêcha pas d'affirmer que La Maudite est la meilleure bière au monde: «elle donne un kriss de buzz..»
Entre lui et Dion, ce fut une sorte de coup de foudre, une fermentation spontanée pourrait-on dire. «ça a cliqué tout de suite parce que, bièrologiquement parlant, j'invente le mot, on ne se prend pas pour d'autres, puis nous partageons la même passion pour les blanches et les triples.»
«Tu vas voir, Robert Charlebois a la tête pleine d'idées» m'avait prévenu André Dion avant son arrivée. Exactement trois nouvelles suggestions à l'heure! Pendant que nous échantillonnions le brassin expérimental, une superbe triple si son évolution se poursuit dans la bonne direction, Charlebois répétait ses suggestions de noms (qui est devenue «La fin du Monde»). Étourdissant. Pourquoi participe-t-il si activement aux opérations de la brasserie? «Parce que la bière fait la synthèse de toutes mes activités. Tu sais, dans tout ce que je fais, mes hobbies, le golf, mes habitudes, il y a toujours une bière, ou encore, tout se termine par une bière...»
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