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Le petit mollusque lamellibranche, sans charnière, que l'on reconnaît au nom de «moule», vit fixé sur des rochers ou des corps immergés. Cet invertébré est toutefois plus souvent immergé dans un bol, baignant dans une sauce aromatisé qui lui insuffle des saveurs très variées.
Le goût intrinsèquement fade de sa chair se moule alors à son environnement fluide et s'imbibe de ses caractéristiques sapides. Il importe de le souligner ici que, contrairement aux moules, il est très mal vu de relever les saveurs d'une bière en la trempant dans une sauce aromatisé. Cela n'empêche pas Labatt de le faire avec ses Boomerang, mais cela est une toute autre histoire.
Dans les restaurants, la moule est habituellement servie accompagnée de frites! Pourquoi des frites? Probablement parce qu'il s'agit d'une association fort populaire en Belgique, un pays nous proposant de la friture à toutes les sauces. Il ne faut pas non plus sous-estimer ses propriétés d'imbibition qui nous permet d'assécher le liquide dans lequel les gentils coquillages sont apprêtés. Personnellement, je préfère vider mes bols avec une cuillère, comme je le fais avec toutes les soupes. Cette tactique me permet de consommer plus de moules, ce qui est bien utile lors des promotions «moules à volonté», qu'on nous propose dans plusieurs restaurants en début de semaine. Pour en profiter au maximum, mieux vaut convier tous nos amis aux agapes navales. Chaque membre de la confrérie demande alors un plat unique, qu'il partage ensuite avec ses frères (ou soeurs, c'est selon). Cette astuce nous permet ainsi de goûter à toutes les variétés de moules offertes au menu.
La grande question existentielle qui nous préoccupe, dans le cadre d'une chronique sur la bière, est de déterminer quelle est la bière idéale pour accompagner les moules. En d'autres mots, quels sont les combinaisons les plus susceptibles de se laisser aller à faire des confidences sur le lit de nos papilles, et ainsi exciter la nature profonde de notre propension au plaisir. «Tout est relatif en ce bas monde» constatait l'obscur agent de brevet de Berne, plus tard connu par son patronyme, Einstein. Il en est ainsi des épousailles moules-bières. Votre jugement est final. Si vous me premettez quelques conseils, dans l'art d'associer les moules aux bières ou vice-versa, il importe que dans la formation des couples qu'au moins l'un des partenaires soit d'une grande douceur. Les bières douces ou sucrées, ainsi que les stouts, accompagnent habituellement bien la majorité des moules. Des suggestions? Trois-Monts, La Maudite, La Fin du Monde, Belle Gueulle, Leffe Blonde, McEwans Scotch Ale, Boréale Dorée... Parmi les stouts classiques, mentionnons les excellentes et incontournables Boréale noire, Saint-Ambroise noire et Guinness Pub Draught. Du côté des mollusques, la douceur s'exprime par la présence de crème ou encore par l'absence d'amertume (dépendant essentiellement des herbes utilisées), qui mettent en valeur à peu tous les types de cervoises. Les amateurs de bières fortement houblonnées, telles la Boréale Rousse, la Saint-Ambroise Pale Ale ont intérêt à opter pour des moules baignantes dans un mélange à base de crème.
Naturellement, en vertu du principe de la collégialité, il est également possible de partager les bouteilles avec les convives. En favorisant la formation d'un grand nombre de combinaisons, nous pouvons gambader lascivement sur tous les sentiers que le plaisir offre alors à nos papilles.
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