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Il ne suffit pas daimer, en plus il faut détester. À quel besoin fondamental correspond le réflexe de dénigrer les bières des grandes brasseries industrielles, lorsque lon met en valeur celles des microbrasseries? Voilà ma grande question existentielle ces jours-ci. Je vous présente ma réflexion et mes questions. Jaimerais bien recevoir la vôtre. Si la chose vous en dit, écrivez moi!
Lune des choses qui attisent le plus ma curiosité et mon scepticisme est cette tendance quont certains amateurs à vouloir dénigrer des bières pour mieux apprécier les leurs. Ils assoient leurs préférences sur une hiérarchie qui doit nécessairement prendre racine dans le négativisme
Ils doivent nommer des bières mauvaises. Pour se rassurer? Après avoir donné des cours sur linitiation à la dégustation à des centaines de personnes, je constate queffectivement, lapprentissage du goût a quelque chose de profondément insécurisant. Je constate que souvent, la différence est beaucoup plus importante que le goût du produit lui-même. Jai rencontré plusieurs amateurs de bières se pâmer devant des bières infectées. Pour eux, la bière ne lest pas! Cest beaucoup plus facile dapprécier les grands écarts que les nuances gustatives. Cest beaucoup plus facile de se distinguer en exagérant quen étant équilibré! Cest beaucoup plus facile de faire la différence entre une stout et une Triple, mais cela ne fait pas lexpert.
Jai commencé à boire en 1972. Fidèle amateur des Nordiques, jai bu de la OKeffe pas à peu près jusquen 1978. De 1978 à 1983, jai switché à la Black Label. Pas pour son goût, mais tout simplement parce quà lépoque, elle se vendait moins. Je massurais dobtenir une bière froide lorsque je la demandais dan un bar. Je nai pas eu besoin de les renier pour tomber en amour avec la Boréale rousse lorsque jai fait sa rencontre. Je constate bien, lorsque je rebois une OKeffe, ou une Black, la légèreté de leurs êtres. Mais je constate également quelles ne goûtent pas la même chose! Dans les infimes interstices de leurs faibles reliefs gustatifs, nos papilles sont facilement en mesure de reconnaître ces nuances lorsque nous les dégustons côte-à-côte! Si je me mets à dire quil sagit de la pisse, je me dis que jai consommé le produit de mon usine de traitement des eaux pendant bien longtemps. Je manque aussi surtout de respect à légard des milliers damateurs de cette marque.
Je remarque que plus la cible est grande, plus nous avons tendance à viser dedans. Les gros méchants dun bord, et les pauvres petites victimes de lautre. On rabâche largument que les grands font la vie dure aux petits! Cest beaucoup plus facile de dénoncer un géant anonyme que le petit artisan. Je constate pourtant quun nombre considérable de bières importées, perçues comme micro-brassées, sont décoctées par de grandes brasseries! Qui mettent en application les mêmes pratiques commerciales dans leurs pays. Pourquoi ne pas cracher sur le cidre ou la limonade. Voilà probablement lexpression de ce qui fait que lêtre humain est justement humain. Il y a plus de meurtres et de voies de faits entre les personnes qui se connaissent quentre étrangers! Plus on est proche, plus on est sensible aux caractéristiques de lautre, et plus on «intolère» certains de leurs tics, qui samplifient dans nos perceptions, à devenir insuportables
Le grand esprit de la justice humaine a saupoudré dans toutes les classes sociales un judicieux dosage de bonté, dindifférence, mais aussi de médiocrité. On retrouve des tricheurs et des opportunistes partout. Daprès mon expérience, les petits sont aussi très méchants entre eux. Je remarque aussi que parmi les petits, il y a aussi des profiteurs qui exploitent le préjugé favorable que nous leurs accordons, pour abuser de nous sans scrupule.
Lart brassicole doit respecter des règles dictées par la nature, depuis la production agricole jusquaux transformations à la malterie et à la brasserie. Lhomme est ici un coordonnateur et non Dieu. La notion de ce quest une bonne bière reste relativement floue dans mon esprit, mais celle dune mauvaise bière est bien claire: lorsque le brasseur a perdu le contrôle, et que la nature a pris le dessus ce qui se traduit dans le monde de la bière par: infection bactérienne accidentelle, laltération par la lumière, le déséquilibre des flaveurs par une exagération dun dosage dingrédients (ici, nous entrons subrepticement dans la subjectivité des préférences individuelles qui sera le sujet dune réflexion ultérieure), etc.
Jai une tolérance élevée à légard des petites brasseries artisanales qui se fendent le cul en quatre pour nous offrir le meilleur delles. Jaffectionne les saveurs évolutives de leurs produits, dans la mesure où la bière a été bien brassée! Mais je néprouve pas le besoin de détester les bières désinvoltes des grandes brasseries industrielles pour me laisser bercer par les subtils plaisirs quelles me procurent lorsquelles font un arrêt sur ma langue en direction de mes entrailles.
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